Citaction N° 29 : « L’enfer, c’est soi-même coupé des autres » L’abbé Pierre

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Sartre a raison. L’enfer c’est les autres, dès lors qu’ils me confrontent à mes limites, me révèlent mes faiblesses, mes insuffisances, ma difficulté à écouter, à comprendre, à aimer.

L’enfer c’est l’autre, celui qui n’est pas comme moi, qui ne pense pas comme moi, qui ne voit pas le monde à travers les mêmes lunettes que moi. Cet autre insupportable par le simple fait d’être autre et de me sortir de l’illusion de ma toute puissance. Cet autre dont je me passerais bien tant il met à mal les prétentions infondées de mon égo et me ramène au réel.

Pourtant.
Que deviendrais-je sans l’autre,
sans les autres ?

Car, que je le veuille ou non, j’ai un besoin vital de l’autre.

Pour me développer d’abord. « Pour devenir humain j’ai besoin d’un autre » affirme Boris Cyrulnik. « C’est le paradoxe de la condition humaine : il m’est impossible de me développer seul même si je suis génétiquement sain, je ne peux devenir moi même que s’il y a l’autre »
C’est ainsi que l’enfant privé d’affection et d’attention (même psychique) est atteint d ’altérations cérébrales perceptibles grâce à la neuro-imagerie (atrophie des deux lobes frontaux et des deux circuits limbiques : circuit de la mémoire et de l’émotion).

« On ne peut pas peindre du blanc sur du blanc, du noir sur du noir.  Chacun a besoin de l’autre pour se révéler » dit un joli proverbe africain.

Tout l’enjeu pour chacun de nous et pour une société est de faire en sorte que l’altérité ne devienne pas une compétition identitaire mais au contraire une source de révélation. Une opportunité de s’enrichir, de se bousculer mutuellement, dans le respect de l’identité propre à chacun. Dans quelque communauté que ce soit (entreprise, institution religieuse, famille) l’entre-soi est mortifère et dangereux. Les idées ne circulent plus. Le groupe s’auto-entretient dans ses certitudes et ses rigidités. A l’inverse, l’ouverture systématique à l’autre jusqu’à l’oubli, jusqu’au mépris de soi est tout aussi irresponsable et contreproductif. Il crée la peur d’être envahi, englouti par l’autre.

J’ai également besoin de l’autre pour me trouver pleinement. Depuis ma prime enfance le regard de l’autre a été constitutif de mon identité. Et chacun de nous a tenté, pour exister, être reconnu, admiré, de se conformer plus ou moins à ce que tel ou tel attendait de nous.
Mais il arrive un temps où l’on aspire à devenir ce que l’on est en vérité. Et cela n’est possible, une fois encore, que par la médiation d’un autre. Sous le regard du psychanalyste dans le cabinet duquel je laisse émerger ce que je suis en tant que sujet par exemple. Ou sous le regard des autres lorsque, dans ma sphère professionnelle, amicale, associative, je découvre ma singularité, ce que j’ai d’unique, les qualités que j’ai et celles que je n’ai pas.

Dans nos formations à la prise de parole en public, nous invitons les participants à se « poser » seul face aux autres pendant quelques secondes, dans le silence. Nous les invitons à profiter de cette pression qu’exerce sur eux le regard des autres pour oser s’affirmer humblement mais sûrement. Forts de leur présence qu’ils ressentent grâce à leurs sensations, ils se délivrent de toute inhibition. Le public les oblige à aller chercher au fond des tripes et dans toutes les fibres de mon corps la réalité de ce leur être.

Le juste milieu se trouve au croisement d’une bonne connaissance de soi, de son histoire, de ses valeurs et désirs et d’une ouverture respectueuse à l’autre. Dès lors, un dialogue est possible. Je peux donner et recevoir. Transformer l’autre et me laisser transformer par lui. Tout en restant fondamentalement ce que je suis.

Dans son livre « The Top Five Regrets of the Dying édité » en 2012 et inspiré par son expérience de soignante en soins palliatifs Bronnie Ware liste les 5 regrets des personnes en fin de vie les plus fréquemment exprimés. Parmi ces cinq regrets figure « celui de ne pas avoir gardé suffisamment de contacts avec ses proches ». Au soir de nos vies, ce seront nos relations qui auront du prix, plus que nos comptes en banque. Nous sommes des êtres sociaux et s’il est vrai que nos relations interpersonnelles, amoureuses, amicales, professionnelles donnent lieu parfois à de grandes souffrances (déceptions, rejet, abandon, trahison …), ce sont également elles qui nous donnent nos plus grandes joies et le sentiment que la vie vaut la peine d’être vécue, c’est à dire partagée.

Dans notre formation « Communiquer efficacement et positivement avec les autres » , nous abordons la question délicate de la gestion des conflits. Bien que souvent inévitables, toujours douloureux, ils peuvent aussi être des chemins de transformation en ce qu’ils nous permettent de mieux nous connaitre et ainsi d’ajuster notre manière d’entrer en relation avec nous-même et avec les autres.

Le pervers vit dans un monde sans altérité. Seul, enfermé en lui-même, il se coupe des autres à qui il fait vivre un enfer.

Pour tous ceux qui au contraire acceptent que l’autre soit à la fois « une souffrance et une joie » comme le dit Catherine Deneuve à Jean Paul Belmondo dans « La sirène du Mississipi » de François Truffaut, l’abbé pierre a raison, le véritable enfer, « c’est soi-même coupé des autres ».

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