Cette injonction à « ĂȘtre soi », « naturel » lorsquâon sâexprime devant les autres sonne comme un clichĂ© tant nous lâavons entendu.
Elle nâen nâest pas moins pertinente pour deux raisons principales :
Â
CE QUE JE SUIS PARLE PLUS FORT QUE CE QUE JE DIS
Nous savons grĂące Ă lâĂ©tude dâAlbert Mehrabian, professeur de psychologie Ă lâuniversitĂ© de Californie que notre communication non verbale (gestuelle, « look », posture, mimiques) et notre communication para verbale (intonation, rythme, volume, timbre, accent, diction, dĂ©bit, placement de ma voix) constitue 90 % de notre message. Imaginons par exemple que je vous dise « Je suis trĂšs heureux de vous voir aujourdâhui » avec un ton sec et colĂ©rique, il y a de fortes chances que vous entendiez le contraire exact de ce que sont sensĂ©s dire mes mots. Si un orateur est agressif, son vĂ©ritable message ne sera pas son contenu argumentaire, mais son agressivitĂ© elle-mĂȘme. Câest cette agressivitĂ© qui sera perçue et enregistrĂ©e.
« Ce que vous ĂȘtes parle si fort que je nâentends pas ce que vous dites »
Pour la mĂȘme raison, si lâorateur est soporifique, peu convaincu, ou dĂ©sinvolte, nous serons beaucoup sensibles Ă son attitude quâĂ ce quâil dit objectivement et il y a de fortes chances que sa maniĂšre dâĂȘtre ruine sa parole, mĂȘme si ses mots sont objectivement dignes dâintĂ©rĂȘt. Dâailleurs, lorsque nous sentons une incohĂ©rence entre les mots et ce qui est exprimĂ© par le corps ou le visage, nous nous fions davantage Ă ce qui nâest pas dit explicitement que par ce qui est affirmĂ© verbalement.
Voyons Ă tire dâexemple ce que lâon peut voir chez une personne qui malgrĂ© elle, par timiditĂ© ou manque de confiance souvent, redoute de prendre la parole en public.
SYMPTĂMES PHYSIQUES
âș mains croisĂ©es
âș bras croisĂ©s
âș jambes croisĂ©es
âș tĂȘte dans les Ă©paules
âș tĂȘte baissĂ©e
âș tĂȘte de cĂŽtĂ©
âș corps repliĂ©
âșÂ tics
âșÂ gestes parasites
âș crispations (craie, crayonâŠ)
âșÂ Â balance avec le corps
âș mouvement de chevilles⊠.
SYMPTĂMES VOCAUX
 âș voix de gorge
âș mĂ©dium constant
âșÂ aigu constant
âșÂ grave constant
âșÂ chevrotement
âșÂ attaque trop faible
âșÂ finale en chute
âș fin de phrase relevĂ©e en aigu
SYMPTĂMES INTELLECTUELS
âșÂ lapsus
âș rĂ©pĂ©tition non voulue
âș hermĂ©tisme Ă©sotĂ©risme
âș mots parasites (heu, bon,   alors, doncâŠ)
âș pĂ©dantisme
Ces diffĂ©rents symptĂŽmes indiquent un mal-ĂȘtre, une difficultĂ© Ă ĂȘtre Ă lâaise, libre, face Ă aux autres. Il ne sâagit pas de stigmatiser cette fragilitĂ©, mais de prendre conscience que ce manque dâassertivitĂ© non seulement impacte le message, mais prive lâorateur de la libertĂ© de bien sâexprimer.
Cette prise de conscience est une invitation Ă travailler aussi bien sur le message (grĂące Ă la prĂ©paration que nous avons abordĂ©e dans les articles suivants) que sur soi, câest-Ă -dire le
messager. Il serait en effet vain de faire un travail purement technique sur sa communication en faisant lâĂ©conomie dâun travail sur soi. Car ultimement je suis le message. Au moins Ă 90 %…
Câest ainsi que les formations Ă la prise de parole en public (en prĂ©sentiel et en distanciel) proposĂ©es par Version dĂ©finitive sont souvent des moments de « rĂ©vĂ©lation » pour ceux qui les suivent. Le fait de se confronter aux autres les oblige Ă se situer clairement face Ă tous ces yeux braquĂ©s sur eux qui leur demande silencieusement : qui es-tu toi qui te teins face Ă nous ?
La pression que le regard des autres exerce sur nous dĂ©voile nos insĂ©curitĂ©s. Dâun seul coup, les masques derriĂšre lesquels nous nous cachons se craquellent. Notre difficultĂ© Ă contenir nos Ă©motions devient visible.
Lâexercice est dâautant plus difficile pour ceux qui ont lâhabitude de tout contrĂŽler en faisant appel Ă leur seule rationalitĂ©. Ils sentent bien dĂ©sormais quâils ne peuvent plus tout maitriser. Que leur corps prend le dessus en sâinhibant ou en sâagitant. Leurs Ă©motions les font rougir, ou sâexprimer trop vite, ou trembler. Ă leurs corps dĂ©fendant.
Câest alors que je leur fais prendre conscience quâils ne sont pas libres faces au regard de lâautre/des autres. Quâils ont tendance Ă perdre leurs moyens. Ils en conviennent. Mais comment faire alors pour retrouver de la libertĂ© dans une situation aussi stressante ?
En Ă©tant davantage vous-mĂȘme, je leur rĂ©ponds. Dâaccord, mais comment faire pour ĂȘtre davantage moi-mĂȘme ? Sachant que parfois je suis vraiment moi-mĂȘme, je risque dâĂȘtre odieux ! De ne plus faire lâeffort de contrĂŽler âŠ
Telles sont les questions que nous allons aborder à présent.
Ătre soi pour ĂȘtre libre
Plus je suis moi-mĂȘme, plus ma parole est alignĂ©e avec tout mon ĂȘtre, plus elle a de lâimpact. Mon ou mes interlocuteurs sentent cette congruence. Elle les rassure en leur donnant le sentiment que je suis transparent et intĂšgre, que je pense ce que je dis et dis ce que je pense. Ă charge pour moi de me discipliner pour maintenir cette unitĂ©. Et ultimement pour aligner mes paroles et mes actes bien sĂ»r. Construire la confiance est une longue et patiente entreprise. MĂȘme avec un grand talent de communicant, cette confiance sera tĂŽt ou tard rĂ©duite Ă nĂ©ant si au final je ne fais pas ce que jâai dit que je ferai.
En outre, tant que je donne Ă voir une image de moi, construite ou idĂ©alisĂ©e, je subis un tiraillement intĂ©rieur entre ce que je voudrais ĂȘtre et ce que mon corps, mon psychisme, ma conscience mâinvitent douloureusement (car je lutte) Ă ĂȘtre. Cette division intĂ©rieure est Ă©puisante et stĂ©rile. Elle me maintient dans lâillusion que je peux me construire et me situer face aux autres par ma seule volontĂ©. Elle donne souvent aux orateurs qui jouent ce jeu un style guindĂ©, ou raide, forcĂ©. Tout est un peu sur-jouĂ©. Comme chez un acteur qui aurait construit superficiellement un rĂŽle, Ă partir de clichĂ©s, sans appuis intĂ©rieurs.
Cela peut marcher, mais pas longtemps. TĂŽt ou tard, le vernis craque, lâimage se fissure.
La tension entre ce que je suis rĂ©ellement (que je ne connais pas ou que je me refuse Ă accueillir pour des raisons souvent inconscientes) et lâimage que je veux donner de moi devient une source de confusion et dâinquiĂ©tude. Ce conflit interne est Ă©puisant et a pour consĂ©quence un manque Ă gagner en termes de crĂ©ativitĂ©, dâexpressivitĂ© et de libertĂ© bien sĂ»r.
Ă noter enfin quâĂȘtre soi ne veut pas dire tout me permettre. En situation de communication, ĂȘtre soi suppose dâĂȘtre pleinement ce que je suis, mais au service dâun rĂŽle social (manager, collaborateur, expert, etc.) dont jâassume librement les codes (vestimentaires, sĂ©mantiques, comportementaux).
Mais si faire le choix dâĂȘtre soi pour bien communiquer est la bonne stratĂ©gie, comment comprendre que ce chemin soit finalement si peu frĂ©quentĂ© ? Que cette invitation ĂȘtre soi-mĂȘme soit souvent entendu comme un vĆu pieux, un idĂ©al naĂŻf ou inaccessible
plusieurs raisons expliquent cette difficultĂ© Ă emprunter la route vers soi-mĂȘme :
1/ Ma volontĂ© lĂ©gitime de rĂ©ussir et dâĂȘtre reconnu dans un monde compĂ©titif
Nous vivons dans un mode Ă©conomique qui associe efficacitĂ© et performance sur fond de compĂ©tition permanente entre les uns et les autres aussi bien Ă lâextĂ©rieur de lâentreprise (la concurrence) quâĂ lâintĂ©rieur. Dans ce contexte, chaque prise de parole mâexpose dangereusement. Je risque dâĂȘtre disqualifiĂ©. Lorsque jâinterroge les participants Ă mes formations, ils expriment ouvertement leurs peurs « dâĂȘtre jugĂ©s, de ne pas rĂ©ussir, dâĂȘtre ridicule, de perdre leurs moyens ». Ils disent « se mettre une forte pression, car telle prĂ©sentation reprĂ©sente un fort enjeu professionnel, dĂ©terminant pour ma crĂ©dibilitĂ©, lâatteinte de mes objectifs, ma promotion, etc. ». Câest la rĂ©alitĂ© et il serait angĂ©lique et contreproductif de ne pas la voir en face. Pour autant cette anxiĂ©tĂ© de performance qui correspond Ă une volontĂ© lĂ©gitime de rĂ©ussir peut sâapprĂ©hender de maniĂšre plus paisible :
âą En effet, mĂȘme si un esprit de compĂ©tition rĂšgne dans lâentreprise, 90 % des personnes dâun public, dâune maniĂšre gĂ©nĂ©rale, soutiennent lâorateur engagĂ© qui se donne avec enthousiasme. Il vous sait grĂ© de ne pas lâennuyer et de recevoir de votre part quelques points de valeur (que jâaurais prĂ©sentĂ© comme des bĂ©nĂ©fices en me mettant du point de vue du public) qui vont lâaider Ă mieux travailler.
âą Le management est dans lâensemble plus bienveillant quâautrefois. MĂȘme chez mes clients oĂč la relation Ă©tait souvent dure, cassante, dĂ©nuĂ©e de toute empathie, peu Ă peu lâon comprend que le respect de la personne, lâencouragement, le « feed-back » constructif et le droit Ă lâerreur sont des leviers de croissance plus efficaces que la « schlague ».
âą Enfin, le fait que vous ne soyez pas « tout puissant » nâest au final pas une si mauvaise nouvelle. Adam Grant, un universitaire amĂ©ricain, a mĂȘme dĂ©veloppĂ© le concept de « Powerless communication » pour dĂ©montrer que lâessentiel dans un lien de communication nâĂ©tait pas dâimpressionner, mais de se connecter. Or ajoute-t-il, câest Ă partir de ce quâil y a en nous de vulnĂ©rable que nous pouvons crĂ©er une relation empathique avec les autres. Câest contre-intuitif, mais câest grĂące Ă notre dimension humaine dans ce quâelle peut mĂȘme avoir dâincertaine, de faillible mĂȘme que nous humanisons nos relations. Beaucoup de grands comĂ©diens et de grands orateurs sont en rĂ©alitĂ© des Ă©motifs (et des bĂšgues parfois). Cette Ă©motivitĂ© est devenue pour eux une source de comprĂ©hension des autres autant quâune Ă©nergie pour sâexprimer. Il ne sâagit bien sĂ»r pas de faire lâapologie de la fragilitĂ©, mais de croire quâune certaine vulnĂ©rabilitĂ© assumĂ©e peut devenir une force, surtout si elle est vĂ©cue avec humilitĂ© et humour. En assumant de ne pas ĂȘtre tout puissant, vous rassurez tout le monde et ouvrez la voie Ă une relation authentique. Cette posture nâest pas incompatible avec la compĂ©tence et le professionnalisme. Elle est mĂȘme le souvent le signe dâune grande maturitĂ©.
2/ Je nâai pas une connaissance immĂ©diate de moi-mĂȘme
âUne vie sans examen ne vaut dâĂȘtre vĂ©cueâ Socrate
Une autre raison explique la difficultĂ© que jâai Ă devenir ce que je suis profondĂ©ment. Bien que je vive depuis ma naissance 24 heures sur 24 en compagnie de moi-mĂȘme, je reste en partie un inconnu pour moi-mĂȘme. Certains aspects de ma vie affective par exemple mâĂ©chappent et ce sont les situations de la vie qui me rĂ©vĂšlent tel ou tel aspect de mon tempĂ©rament ou de ma personnalitĂ©. Freud disait que le fait de rĂ©aliser que notre inconscient menait en partie la barque Ă©tait traumatisant.
Ătre soi suppose par consĂ©quent que jâapprenne Ă me connaĂźtre. Socrate le disait dĂ©jĂ il y a 2400 ans en reprenant la devise « Connais- toi toi-mĂȘme » inscrite au frontispice du Temple de Delphes. Il utilisait pour ce faire lâart du questionnement (-la MaĂŻeutique) aussi bien avec soi-mĂȘme quâavec les autres. Parfois ce retour sur soi ne se fait que lors dâune crise, dâune Ă©preuve, dâun accident. On se tourne alors vers un psychologue. On se fait coacher. On lit, on sâinterroge. Bref on plonge en soi pour trouver des voies de passage qui correspondent Ă ce que nous sommes et voulons vraiment.
3/ Je suis multiple et contradictoire, évolutif
Non seulement je ne nâai pas une connaissance immĂ©diate de moi-mĂȘme, mais je rĂ©alise que dâun jour Ă lâautre, dâune circonstance Ă lâautre, je peux ĂȘtre trĂšs changeant. TantĂŽt confiant, tantĂŽt plein de trac. Un jour ouvert, un autre fermĂ©. Tour Ă tour Ă tour sociable, taciturne, aimable, grincheux, posĂ©, nerveux. Doux et colĂ©rique. Fort et fragile.
Jâai tentĂ© dans ma piĂšce de Théùtre « Jâentends des voix » dâexplorer avec humour et fantaisie ces diffĂ©rentes facettes qui sont en nous en mettant en scĂšne physiquement les diffĂ©rents aspects dâun mĂȘme personnage. On le voit ainsi en proie Ă des arbitrages constants entre les requĂȘtes de son « ça », de son « Sur-moi » ou de se « Moi IdĂ©al » pour reprendre une terminologie freudienne.
Les philosophes ont tentĂ© de donner une dĂ©finition de lâhomme : la somme des relations sociales au sein desquelles il Ă©volue nous dit Marx. Une libertĂ© qui sâaffirme existentiellement par les actes quâelle pose si lâon en croit Sartre. Un « pĂȘcheur pardonnĂ© appelĂ© au salut » nous dit le christianisme.
Force est de reconnaĂźtre cependant quâil est impossible de donner une rĂ©ponse dĂ©finitive et absolue Ă ce que je suis, un ĂȘtre en mouvement, multiple, complexe, vivant et en constante Ă©volution.
4/ Je suis originellement dĂ©pendant du regard de lâautre
Nous nous sommes tous construits en intĂ©grant le regard que les autres- Papa-maman- notre instituteur- nos professeurs, nos amis, responsables, nos collĂšgues- ont posĂ© sur nous. Peu Ă peu nous avons interprĂ©tĂ© subjectivement la maniĂšre dont nous avons Ă©tĂ© regardĂ©s. Si par hypothĂšse le regard que mes parents, mes proches, mes professeurs et autres Ă©ducateurs, moniteurs, managers a Ă©tĂ© « nĂ©gatif » il y a de fortes chances que lâimage que jâai progressivement intĂ©riorisĂ©e de moi-mĂȘme soit nĂ©gative. « Bon Ă rien », « nul », « peureux », « maladroit », « odieux » : autant de qualificatifs qui ont pu ĂȘtre prononcĂ©s Ă un moment donnĂ© pour dĂ©signer un de mes comportements et que jâai pu associer Ă ma personne. Des criminologues amĂ©ricains ont dĂ©veloppĂ© la ThĂ©orie de l’Ă©tiquetage (« Labeling theory ») selon laquelle le comportement des individus peuvent ĂȘtre dĂ©terminĂ©s ou influencĂ©s par les termes utilisĂ©s pour les dĂ©crire ou les classer. Si par exemple, vous dites Ă un enfant de sept ans qui a volĂ© un stylo quâil est un voleur, vous risquez de lâenfermer dans sa faute. La sentence devient auto-rĂ©alisatrice. Elle agit comme une malĂ©diction. Ă vingt-cinq ans, lâenfant ou lâadolescent qui a volĂ© un stylo, un scooter, un sac Ă main est effectivement connu des services de police pour vols Ă rĂ©pĂ©tition. Cette Ă©tiquette lui colle Ă la peau en guise dâidentitĂ©.
Ă lâinverse de lâenfant qui a Ă©tĂ© rabrouĂ©, critiquĂ©, humiliĂ©, moquĂ©, celui qui a grandi en accumulant les encouragements, les regards bienveillants, les remarques positives Ă son endroit aura naturellement une estime de soi plus dĂ©veloppĂ©. Lâamour que quelquâun aura pour lui-mĂȘme et la sĂ©curitĂ© interne que cela lui donnera sera dâautant plus sĂ»r quâil ou elle aura Ă©tĂ© aimĂ©e inconditionnellement. Non pas pour ces qualitĂ©s, ni ces talents, ni ces mĂ©rites, mais pour ce quâil est fondamentalement. Une personne digne dâĂȘtre aimĂ©e.
Attention de bien distinguer lâamour inconditionnel, source incontestable de confiance en soi et une Ă©ducation qui se contenterait de ne formuler aux enfants que des retours gratifiants et positifs quoi quâils fassent. Une telle pĂ©dagogie, faussement fondĂ©e sur la crainte dâaltĂ©rer la confiance de lâenfant, lâentretient artificiellement dans une confiance qui nâest pas Ă©prouvĂ©e par la rĂ©alitĂ© et qui sâavĂšre par consĂ©quent bien fragile lorsquâelle est confrontĂ©e Ă la moindre difficultĂ©. Une Ă©ducation structurante nâest pas complaisante.
Bref, le regard de lâautre ayant Ă©tĂ© fortement constitutif de mon identitĂ©, il est normal quâĂ chaque fois que je me prĂ©sente Ă lui, Ă fortiori sâil prend la forme dâun public, les questions qui se posent fĂ©brilement Ă moi soient : qui suis-je ? Ai-je de la valeur ? Mâaimez-vous ? Ces questions sont souvent Ă la racine du dĂ©sir de faire de la scĂšne par exemple. Il y a chez beaucoup dâacteurs et de chanteurs un besoin impĂ©rieux dâĂȘtre aimĂ©s. Câest une maniĂšre inconsciente de combler une bĂ©ance affective. Câest Ă la fois un moteur (besoin dâĂȘtre reconnu) et un piĂšge. Que se passe-t-il quand ça ne marche pas / plus si ma valeur est indexĂ©e sur le box-office ?
La question qui se pose aux orateurs appelĂ©s Ă se confronter rĂ©guliĂšrement au regard des autres est : Comment sortir de cette dĂ©pendance viscĂ©rale Ă lâĂ©gard du regard de lâautre/des autres ?
Ma rĂ©ponse est trĂšs pragmatique : Je ne peux sortir de cette dĂ©pendance Ă lâĂ©gard du regard de lâautre / des autres quâen me reliant Ă ce que je suis de la maniĂšre la plus tangible et incontestable qui soit câest-Ă -dire mon corps, ma vie Ă©motionnelle et mon rythme.
Face au public, quoi que je pense et quoi quâil pense, je suis mon corps, câest-Ă -dire des sensations quâil mâappartient de ressentir.
Je suis mon rythme, câest-Ă -dire une capacitĂ© Ă synchroniser ma pensĂ©e et ma parole.
Je suis une vie Ă©motionnelle, câest-Ă -dire un ensemble de rĂ©actions neurophysiologiques quâil mâappartient dâaccueillir et dâutiliser si, je ne veux pas en ĂȘtre le jouet.
Passer Ă lâintĂ©rieur de soi
Pour quitter le monde du « faux self » ou des images auxquelles jâaurais voulu ressembler ou auxquelles mes proches, la publicitĂ©, la sociĂ©tĂ© voudraient que je me conforme, je dois en effet passer Ă lâintĂ©rieur de mon ĂȘtre et faire taire les injonctions intĂ©rieures (sois fort, sois brillant, nâaie pas peur, sois drĂŽle, sois intelligent et jâen passeâŠ) qui mâont sommĂ© dâĂȘtre celui que je nâĂ©tais pas.
Cela demande que je me mette Ă lâĂ©coute de ce qui se passe en moi en termes de sensations, dâĂ©motions, dâimpulsions, de pensĂ©es. Cela suppose que je mâautorise Ă accueillir ma vie intĂ©rieure sans la censurer, sans moraliser, pour pouvoir peu Ă peu la pacifier et lâunifier.
Cette aspiration Ă lâunitĂ©, source de paix intĂ©rieure nous vient des Grecs (« Un esprit sain dans un corps sain ») et plus particuliĂšrement dâAristote avait bien compris que lâhomme, bien que souvent fragmentĂ©, divisĂ©, Ă©clatĂ© pouvait unifier les composantes physiques, affectives, mentales et spirituelles de son ĂȘtre.
On retrouve cette vision chez le psychanalyste Jung qui nous invite Ă apprivoiser notre ombre. Ou chez les moines (Moine vient du grec « Monos » qui veut dire « seul », « un », « unifiĂ© ») chrĂ©tiens ou bouddhistes dont la quĂȘte intĂ©rieure consiste Ă sortir de la dispersion intĂ©rieure pour ne plus faire quâun. Un en soi et un avec le divin.
Faire preuve dâhumilitĂ©
Le deuxiĂšme moyen de sortir de la dĂ©pendance vis-Ă -vis du regard des autres est lâhumilitĂ©. Nous avons souvent une vision moralisante ou culpabilisante du mot humilitĂ©. Comme si lâhumilitĂ© consistait Ă sâabaisser de maniĂšre masochiste, Ă sâhumilier. Or si lâon sâen tient Ă la racine latine du mot- Humus- lâhumus signifie la terre. Et pour le communicant que je suis la terre, ma terre, câest mon corps, mon rythme, ma vie Ă©motionnelle.
âą Mon corps : Tout lâenjeu ici est de se retrouver intĂ©rieurement en rééquilibrant la sphĂšre mentale et une relation Ă soi qui passe davantage par les sensations. Notre monde urbain, rapide, ultra connectĂ© sur-sollicite notre mental. Sous lâeffet dâune suractivitĂ© et du stress, nous finissons par nous enfermer dans notre tĂȘte. Nous sommes alors comme envahis par nos pensĂ©es. Nous tournons en boucle. Lorsque nous somme dans cet Ă©tat devant les autres, nous sommes submergĂ©s par nos pensĂ©es et nos Ă©motions, sans parvenir Ă les mettre Ă distance. Notre sphĂšre mentale a pris le contrĂŽle de maniĂšre tyrannique.
Pour Ă©viter que cela ne se produise, il nous faut retrouver le chemin de la sensation dont jâai coutume de dire quâil est le « chemin de la maison ». Pour y parvenir, nous faisons faire aux participants Ă nos formations des exercices destinĂ©s Ă les rendre Ă nouveau conscients de leurs corps. Exercices de rĂ©ceptivitĂ© (Docteur Vittoz), chorĂ©graphies inspirĂ©es des neurosciences, exercices issus du théùtre pour sâancrer et se remettre en Ă©nergie, autant de techniques faciles Ă mettre en Ćuvre, qui permettent Ă ceux qui les pratiquent de retrouver unitĂ© et confiance en sâappuyant sur des sensations concrĂštes et sĂ©curisantes.
âą Mon rythme : GrĂące Ă des exercices permettant de resynchroniser parole, Ă©motion et expression, nous invitons les participants Ă dĂ©couvrir leur rythme intime. PlutĂŽt que de leur conseiller dâaller plus lent ou plus vite ; nous prĂ©fĂ©rons les aider Ă expĂ©rimenter le rythme qui leur permet de sâexprimer sans tension. En mettant en place une discipline respiratoire qui les aide Ă ne plus « suffoquer » ou Ă se laisser embarquer dans une fuite en avant.
âą Ma vie Ă©motionnelle. Dans ce domaine complexe, notre objectif est dâaider les participants Ă nos formations Ă :
– Maitriser sa vie Ă©motionnelle. Lâenjeu est quâil puisse accueillir/Ressentir/Nommer et rĂ©orienter ce qui se passe en lui au lieu dâen ĂȘtre submergĂ©
– Ătre juste (et non pas faux, empruntĂ©, cabot), câest-Ă -dire ajuster Ă lui-mĂȘme
– Utiliser son intelligence Ă©motionnelle en acceptant (câest un lĂącher-prise colossal pour beaucoup) de ne plus faire, mais de se laisser faire par ce qui se passe en soi et qui peut ĂȘtre un guide gĂ©nial si on lui fait confiance et quâon sait lâutiliser Ă bon escient.
Inutile de dĂ©crire longuement les exercices que nous faisons faire dans cet article. Ils sont faits pour ĂȘtre expĂ©rimentĂ©s. Vous ĂȘtes bien sĂ»r les bienvenues Ă nos formations inter entreprise si vous voulez les pratiquer.
La diffĂ©rence entre ĂȘtre soi et ĂȘtre dans son Ă©go
Notre Ă©go est mental. Il compare, Ă©value, juge constamment. Or une rĂ©appropriation de son corps, de son rythme et de sa vie Ă©motionnelle a la consĂ©quence inverse : elle nous libĂšre de lâĂ©go en nous permettant de nous trouver de maniĂšre concrĂšte.
Câest ainsi quâayant mieux dĂ©couvert qui je suis et lâayant acceptĂ©, je peux mâouvrir Ă lâautre, aux autres, plus sereinement. Je sais qui je suis fondamentalement. Je nâattends plus de lâautre quâil me le dise.
Ainsi, et câest le but ultime de toute communication orale, je peux ĂȘtre avec.
Ătre soi pour pouvoir ĂȘtre sereinement avec lâautre.
Recevez nos futures publications
Adresse
10 rue de PenthiĂšvre
75008 Paris, FRANCE
+33 (0)6 11 85 42 78
Formation
Déclaration d'existence
N° 754191975
Obtenue auprÚs de la direction régionale du travail, de l'emploi et la formation professionnelle (Préfecture d'ßle de France)
